Kayak à Majorque : 12 sorties en mer pour atteindre des criques sauvages
À Majorque, on comprend vite que les plus beaux kilomètres ne sont pas toujours sur la route de la Tramuntana, mais sur une bande d’eau translucide, pagaie en main. Le kayak n’est pas un gadget de plage : c’est la clé pour filer vers des criques que l’on devine à peine depuis la côte, entendre seulement le clapotis sur la coque et oublier les parkings pleins à 10h.
Cette sélection de 12 sorties en kayak à Majorque va du tour facile d’une heure pour apprivoiser la mer aux longues traversées réservées aux pagayeurs déjà amis avec le vent. L’idée n’est pas de tout cocher mais de choisir l’itinéraire qui colle à votre niveau, à la météo du jour et à votre patience au soleil.
Pour vous repérer, on a classé les parcours ainsi :
- Facile : 2-5 km aller-retour, 1-2 h, mer globalement calme, idéal première sortie.
- Modéré : 6-10 km, 2–3 h, un peu de vent ou de clapot, bonne condition recommandée.
- Sportif / expert : 10+ km, côte exposée, nécessitent expérience en mer et lecture de la météo.
Avant de mettre un kayak à l’eau, jetez toujours un œil à la météo marine sur l’appli ou le site de l’AEMET, méfiez-vous de la tramuntana au nord et des vents de Llevant l’après-midi, vérifiez que la location inclut gilet et assurance de base, et gardez une règle simple : on ne racle ni les rochers, ni les herbiers de posidonie. Les amendes pour destruction de posidonie peuvent grimper jusqu’à 3 000 €.
1. Cala Mitjana, l’anse discrète du Parc de Mondragó (sud, facile)
Niveau : facile – 3 à 4 km A/R – 1 h 30 à 2 h. Entre les plages très connues du Parc de Mondragó se cache une petite sœur plus silencieuse : Cala Mitjana. Ce n’est pas la crique la plus spectaculaire de l’île, et c’est précisément pour ça qu’on l’aime. Depuis Cala Mondragó ou Portopetro, on longe des falaises basses striées d’ocre, des replis rocheux où flottent des nappes de posidonie, et, soudain, la langue de sable pâle apparaît, coincée entre pinède et eau laiteuse.
La côte est bien abritée, ce qui en fait une excellente première sortie pour tester le kayak à Majorque en famille ou entre amis. Louez un kayak sit-on-top (souvent autour de 20–25 € pour 2 h) dans le secteur de Cala d’Or, partez tôt – avant 10 h, l’eau est une piscine, après midi la brise de Llevant se lève – et gardez du temps pour flotter masque sur le nez au-dessus des posidonies. Il n’y a ni bar ni ombre franche sur place : tout ce dont vous avez besoin doit tenir dans votre bidon étanche.
2. Cala Figuera de Ses Salines, l’impression de bout du monde (sud, facile/modéré)
Niveau : facile à modéré – 5 à 7 km A/R – 2 h environ. Au sud de l’île, entre les dunes d’Es Trenc et le phare de Ses Salines, la côte se casse en une succession de petites anses blondes et de rochers plats battus par les vagues. Parmi elles, une minuscule crique de sable, souvent appelée Cala Figuera de Ses Salines, donne cette sensation rare de bout du monde : pas de route juste derrière, seulement les odeurs de sel et de thym qui descendent des dunes.
On part en général de la Colònia de Sant Jordi ou du bord d’Es Dolç, là où quelques bases louent kayaks simples ou biplaces et proposent même des sorties guidées en français autour de 45–60 € par personne. La réserve de Ses Salines est très surveillée : on reste hors des zones de bouées, on évite de tirer son kayak sur les dunes et on ramène ses déchets. Les tortues marines croisées ces dernières saisons ne doivent rien au hasard.
Si vous n’êtes pas à l’aise pour gérer courants et orientation, c’est typiquement un secteur où passer par une plateforme comme Manawa ou une agence locale francophone simplifie la vie : matériel prêt sur la plage, briefing sécurité, et vous n’avez qu’à vous concentrer sur la ligne d’horizon.
3. De Sant Elm à Cala d’en Tió, face à Sa Dragonera (ouest, facile)
Niveau : facile – 4 km A/R – 2 h avec pauses. À Sant Elm, le décor change de registre : la Serra de Tramuntana tombe dans la mer et, en face, l’île allongée de Sa Dragonera barre l’horizon comme une muraille. Partir en kayak vers Cala d’en Tió, c’est s’offrir ce face-à-face sans le bruit des bateaux navettes. On quitte la petite plage du village, on remonte la côte en laissant derrière soi terrasses et parasols, et la roche devient vite plus brute, orangée, percée de fissures où s’accrochent quelques pins.
Cala d’en Tió n’est qu’une entaille rocheuse, presque toujours déserte, où l’eau prend un bleu dense et profond. Le plan idéal : un kayak biplace stable, une mise à l’eau en fin de matinée quand la lumière commence à raser Dragonera, un arrêt baignade avec masque dans la crique, puis retour tranquille. Sur place, plusieurs petits loueurs (dont des structures spécialisées comme Kayak Sa Dragonera) alignent leurs kayaks sur la plage ; comptez environ 20–25 € l’heure en location libre ou 40–50 € pour une sortie encadrée de 2 h.

4. Tour de Sa Dragonera en kayak, réserve côté mer (ouest, modéré)
Niveau : modéré – 6 à 10 km selon le circuit – 2 à 3 h. Sa Dragonera est un parc naturel, et on sent tout de suite la différence : pas de constructions, seulement une île allongée, sèche, habitée par les lézards, les oiseaux marins et les gardes du parc. En kayak, on se glisse dans son ombre en laissant Sant Elm derrière soi, et le relief commence à prendre de la hauteur. Grottes marines, petites plates-formes rocheuses, eau incroyablement claire : c’est l’un des itinéraires qui condense le mieux ce que Majorque a de plus brut.
La traversée du chenal reste courte, mais la zone est exposée au vent d’ouest et au clapot des bateaux. On recommande plutôt un tour guidé, souvent autour de 55–65 € matériel inclus, proposé par des opérateurs spécialisés de la zone. Le parc impose des règles strictes : on débarque uniquement sur les quais autorisés, on ne dérange ni les oiseaux nichés dans les falaises ni les herbiers sous le kayak. Si vous devez réserver une seule sortie en kayak à Majorque avec guide, c’est ici : logistique simple, gros dépaysement, et un discours nature qui dépasse le simple “tour de l’île”.
5. Vers Cala Varques et les grottes de l’Est (est, modéré)
Niveau : modéré – 6 à 8 km A/R – 3 h environ. Entre Porto Cristo et Portocolom, la côte alterne falaises crayeuses et petites calas sablonneuses. Cala Varques a longtemps été la crique dont on se chuchotait le nom, aujourd’hui elle est connue, mais ceux qui arrivent par la mer gardent un net avantage. Depuis une plage plus accessible comme Cala Romàntica, on suit la paroi blanche truffée de grottes, on passe sous des arches naturelles, et petit à petit le rivage se fait plus sauvage.
Les excursions guidées les plus intéressantes combinent kayak et exploration de grottes marines, parfois avec un peu de nage à la lampe frontale. Ne vous aventurez pourtant jamais à l’intérieur d’une cavité si la houle rentre : une mer plate au départ peut se transformer en machine à laver à l’entrée des grottes. Comptez 60–70 € par personne pour un tour de 3 h matériel complet inclus, ou 20–25 € de l’heure pour une location simple au départ de Porto Cristo. À la clé : des fonds turquoise presque trop parfaits, et le sentiment de se glisser dans un décor de carte postale… sans avoir dû chercher une place de parking pendant vingt minutes.
6. Sa Marina – Platja de Sant Pere, lagon discret du nord (nord, facile/modéré)
Niveau : facile à modéré – 6 à 7 km A/R – 2 à 2 h 30. Entre Alcúdia et le cap des Pinar, la côte se fait basse, ourlée de petites plages à l’eau étonnamment claire. Depuis le hameau de Sa Marina ou de Mal Pas, on embarque dans une baie qui a des airs de lagon, avec la péninsule de Formentor en toile de fond. En pagayant vers Platja de Sant Pere et sa voisine Sant Joan, on quitte progressivement l’animation d’Alcúdia pour des bandes de sable où se mêlent locaux et quelques voyageurs qui ont lu la carte un peu plus attentivement.
Les hôtels balnéaires du nord (certains Mar Hotels ou centres de plage) proposent souvent des kayaks en libre-service ou à la location autour de 25–30 € pour 3 h ; quelques écoles organisent aussi des sorties guidées en fin d’après-midi, quand la lumière dorée se pose sur les pentes de la Tramuntana. La mer est généralement clémente, mais la tramuntana peut rentrer fort certains jours : si le vent blanc ridule la baie dès le matin, remettez à plus tard. Pour une famille sportive, c’est l’un des meilleurs rapports “effort / sensation de liberté” du nord.

7. Ca’n Picafort – Son Serra de Marina, la côte qui se vide peu à peu (nord-est, modéré)
Niveau : modéré – 8 à 10 km A/R – 3 à 3 h 30. Cette sortie commence dans le béton de Ca’n Picafort, mais il ne faut que quelques coups de pagaie pour que le paysage change de registre. En longeant la côte vers Son Serra de Marina, on voit les hôtels s’espacer, les immeubles disparaître, puis ne restent plus que les dunes de Son Real, la couleur changeante des fonds et la nécropole talayotique posée sur le rivage comme un rappel que la Méditerranée observait déjà des bateaux bien avant les kayaks.
Ici, le vent thermique de l’après-midi peut transformer le retour en séance de musculation : départ impératif avant 9 h si vous êtes en location libre (20–25 € l’heure sur la plage), ou inscrivez-vous à une sortie encadrée le matin avec un guide local (50–60 € les 3 h environ). Pas de bars ni d’ombre sur la grande plage de Son Serra : prévoyez au moins 1,5 litre d’eau par personne et une vraie protection solaire. En échange, vous aurez sans doute ce que tout le monde cherche à Majorque : de l’espace, du silence, et une ligne de dunes sans transats alignés.
8. Cala Sant Vicenç et ses falaises verticales (nord, modéré)
Niveau : modéré – 5 à 6 km A/R – 2 à 2 h 30. Vu de la route, Cala Sant Vicenç est une petite station balnéaire coincée entre deux criques. Vue depuis un kayak, c’est un amphithéâtre de falaises gris-bleu qui plongent directement dans l’eau. Depuis Cala Molins, on sort de l’abri des barques, on longe les parois du Cavall Bernat et l’on comprend pourquoi les grimpeurs du monde entier rêvent de ces dalles. Au ras de l’eau, on repère des petites grottes accessibles en restant à l’entrée, à la rame ou en nageant quelques mètres.
La mer est profonde très près du rivage, ce qui donne des variations de bleu presque graphiques, mais rend aussi le plan plus sérieux quand le vent se lève. Des opérateurs comme Monda Ventura et d’autres bases locales proposent des kayaks à l’heure (environ 20 €) ou des balades guidées de 2 h 30 avec arrêts snorkeling. Ici, on conseille clairement de partir avec quelqu’un qui connaît la côte : le décor est somptueux, mais la côte nord ne pardonne pas les erreurs de jugement sur la météo.
9. Côte nord sauvage et « grotte bleue » en mode expédition (nord, sportif/expert)
Niveau : sportif à expert – 10 à 15 km – 3 h et plus. Pour ceux qui ont déjà des kilomètres de pagaie au compteur, la vraie Majorque côté mer se joue sur les portions les plus abruptes de la côte nord. Entre Formentor, le cap des Pinar et les premiers contreforts de la Tramuntana, quelques itinéraires encadrés permettent de longer des falaises où aucune route ne passe, avec comme point d’orgue une “grotte bleue” où la lumière se reflète sur le sable clair pour colorer toute la cavité.
On parle ici de kayaks de mer fermés, de jupes et de gilets bien serrés : ce n’est plus le même jeu que la balade de plage. Des écoles spécialisées comme Mallorca Kayak ou d’autres clubs du nord proposent ces expéditions à la demi-journée, autour de 60–70 € équipement compris. La règle est simple : si le mot “rattrapage d’esquimautage” vous paraît obscur, choisissez une sortie hybride plus douce (transfer en bateau + portion de kayak plus courte). Pour les autres, c’est l’une des rares façons de sentir la Tramuntana se dresser vraiment au-dessus de vous, sans barrière, ni route, ni chaises longues.
10. Falaises d’Alcúdia et cap des Pinar (nord, modéré)
Niveau : modéré – 6 à 8 km – 2 h 30 à 3 h. Depuis la baie d’Alcúdia, beaucoup de kayaks se contentent de tourner dans la zone de baignade. C’est en poussant vers le cap des Pinar que le paysage devient vraiment intéressant : falaises dorées qui se découpent net dans l’eau, pinède qui penche vers la mer, petites criques de galets accessibles uniquement depuis l’eau. On part souvent de la plage d’Alcúdia ou d’un ponton plus discret, et on remonte la côte en laissant derrière soi la ligne d’hôtels qui s’amenuise.

Plusieurs opérateurs regroupés sur des plateformes comme Manawa proposent des sorties guidées de 3 h dans ce secteur, autour de 50–60 € par personne, matériel compris. C’est un bon compromis pour qui veut “voir des falaises” sans s’engager dans une vraie expédition de kayakiste confirmé. En milieu de journée, la roche prend une teinte presque miel, les pins diffusent cette odeur de résine chauffée, et on se surprend à couper le téléphone : il n’y a plus grand-chose à ajouter au décor.
11. Sant Elm – Cala en Basset, la sortie pour pagayeurs têtus (ouest, sportif)
Niveau : sportif – 8 km A/R – 3 h environ. Cala en Basset, on y arrive à pied par un joli sentier, mais c’est par la mer qu’on mesure vraiment la rudesse de ce coin de côte. En partant de Sant Elm, on laisse Sa Dragonera sur la droite et l’on remonte une côte plus découpée, où les pins cèdent progressivement la place aux parois minérales. La crique elle-même est une poche de galets foncés, dominée par une tour de guet qui surveille encore le passage comme à l’époque des corsaires.
Le secteur est très exposé aux vents d’ouest et de nord-ouest : même quand la plage semble calme, la houle peut être sensible quelques centaines de mètres plus au large. On réserve ce parcours aux pagayeurs déjà à l’aise en mer, à privilégier au printemps ou en automne quand la fréquentation baisse et que la mer est souvent plus docile. Les loueurs de Sant Elm alignent des kayaks robustes autour de 35–40 € pour 2–3 h ; pour une première incursion dans ce coin, un petit groupe accompagné d’un guide local reste la voie la plus raisonnable.
12. De Cala Gat à Capdepera, la longueur pour costauds (est, sportif)
Niveau : sportif – 10 km et plus – 3 à 4 h. À l’est, autour de Cala Rajada et du capdepera, la mer est beaucoup plus ouverte. Depuis la petite plage de Cala Gat, encadrée de pins, on part plein nord-est vers les criques moins fréquentées de la côte, voire jusqu’aux alentours de Cala Mesquida pour les plus endurants. En longeant le rivage, on passe de rochers bas à des pans entiers de côte entamés par l’érosion, parsemés de petites entrées d’eau et de mouillages improvisés par les locaux.
Le vent de Llevant peut lever une houle courte mais soutenue : ce n’est pas une balade pour tester le kayak pour la première fois. Louez plutôt un vrai kayak de mer (souvent via des clubs de la zone d’Artà ou de Cala Rajada) et bannissez les modèles gonflables sur ce tronçon. Les tarifs pour une demi-journée tournent autour de 30–40 € en location, un peu plus si vous partez encadrés. En échange de l’effort, vous aurez une côte souvent beaucoup plus calme que les plages célèbres du coin, avec le plaisir enfantin de découvrir “sa” petite anse pour la pause sandwich, que l’on n’atteint que par l’eau.
Comment choisir votre sortie en kayak à Majorque ?
Pour une première fois, restez au sud ou dans les baies d’Alcúdia et de Pollença : itinéraires 1 à 4 et 6 sont pensés pour apprivoiser la mer sans se faire peur. Si vous avez déjà quelques sorties en mer derrière vous et que vous cherchez de la matière, visez les parcours 5, 7, 8 et 10 : grottes, falaises, sensation de “vraie” côte majorquine sans nécessité d’être un expert.
Les itinéraires 9, 11 et 12, eux, ne pardonnent pas l’improvisation : on y va équipé, entraîné, encadré si possible, en vérifiant la météo et en gardant toujours une marge. Quelle que soit la sortie choisie, rappelez-vous que la Méditerranée n’est pas un décor figé : vents, quotas dans les parcs naturels, offres de location évoluent vite. En 2025, l’avantage est qu’un simple coup d’œil aux applis des opérateurs locaux suffit souvent à vérifier disponibilités, tarifs et conditions. Ensuite, il ne reste plus qu’à pagayer – et à laisser Majorque se redessiner, vue du large.





